Vous reprendrez bien un doigt de nitroglycérine?

BOLIVIE – Potosi

Potosi, Bolivie, de 4000 à 4400 m. d’altitude, célèbre pour ses mines, autrefois d’argent, aujourd’hui plutôt de tungstène, d’étain, …

Ça se visite ? Évidemment ! Toutes les agences touristiques de la ville organisent ce « tour ». Debout à 7 heures, rendez-vous à 8, par un 0° déroutant en plein mois de juillet !

On nous mène (nous sommes une dizaine de « gringos ») dans les quartiers hauts, les quartiers des mineros.  Un local où nous nous équipons de bottes, de ciré, casque et lampe de mineur.

Puis un minibus cahotant continue la montée, à la limite de la ville et de la piste poussiéreuse qui mène à la « mina ». Stop ! Achats de petits cadeaux pour les mineurs. Pas annoncé dans le prix de la prestation ça ! Bon, on ne va pas chipoter pour les 2 ou 3 euros que chacun de nous confie à Maria, veuve de mineur, notre guide en cette matinée.

Que peut-on (doit-on !) acheter ? Où ? Là, à l’épicerie-garage, sur le trottoir.

De la coca. Bon, on s’en doutait vu que tout le monde en machouille à longueur de journée au-dessus de 3500 m. Touristes compris. Sans le résultat d’excitant-défatiguant  escompté, d’ailleurs.De la pâte de banane. Look de réglisse, couleur et consistance. Pour que la coca agisse, il faut l’absorber en même temps qu’un alcaloïde : la banane. Ah bon, c’est pour ça…

De l’alcool.  A 90° ! Ils le couperont avec du soda. Reste qu’il titrera encore 60° quand le mélange sera ingurgité !

Dynamita. Euh, quoi ? « Dynamita ». Qu’est-ce qu’elle dit ? Je crois qu’elle a dit : « De la dynamite ».

Pourquoi : on se doute. Mais où on achète ça ? Ben là, chez l’épicière, gringo loco !

Avec un don de 3 euros par personne, on se demande quelle quantité de tous ces produits on va bien pouvoir acquérir et surtout de quel coffre fort, de quelle chambre blindée un garde armé jusqu’aux dents va extraire le précieux bâton d’explosif convoité.

La mamita vendeuse, calée sur son tabouret, enroulée dans son châle, le bonnet enfoncé sur les yeux (-2°, on est monté de 300 m!), plonge la main dans un sac poubelle posé sur le comptoir et en extirpe une douzaine de pétards blancs, géants, sans mèche, de la taille du plus gros cigare fumé par votre PDG. D’un autre sac, elle sort une poignée de mèches de 30 cm de long : les mineurs doivent, en plus de bras solides, posséder des jambes véloces… D’abord, on a un réflexe de recul quand elle jette le tout dans un sachet. Maria, le sourire en coin, ne bronche pas. Ensuite, un grand silence. Bientôt  suivi d’une cacophonie de questions pertinentes.

« C’est de la vraie dynamite ? », « Ils vont l’essayer devant nous ? », « Ça pète fort ? Non parce que moi, mes oreilles… », « Je peux en acheter pour moi ? » A cette dernière question, un haussement d’épaule de Maria qui signifie à peu près : « Ça ne me regarde pas. Fais ce que tu veux »

S’en suit alors une avalanche de plaisanteries un peu convenues et attendues en néerlandais, allemand, hébreu ou français, aussitôt traduites en espagnol par les uns et les autres:

Mettez m’en 5, sans emballage. C’est pour manger tout de suite.

-J’en prendrai bien 2 ou 3 pour aller à la pêche.

-Alors, 1 pour la caserne de CRS, 1 pour le commissariat, 1 pour le centre des impôts, 1 pour…

-Euh, moi, un seul, un gros, pour  *(inscrire ici le nom de la résidence du premier ministre ou président de la république de votre choix).

-Est-ce que je peux passer un coup de fil à mon groupuscule pour une grosse commande ?

Certains font mine d’en glisser plusieurs dans leur poche mais aucun ne se risque à en coincer un entre ses dents pour imiter un célèbre portrait de révolutionnaire cubain ! Quant à le cacher dans son caleçon…

Après avoir bien ri, personne n’achète. On a assez fait péter de trucs comme ça en 2 minutes, on n’a pas que ça à foutre ! Et puis au retour, à la douane, ça risque de passer encore moins bien que les fausses Rolex !

On remonte dans le mini bus pour aller jusqu’à la mine avec l’idée qu’on vient de vivre le clou de la matinée. La visite, je vous la raconterai une autre fois : l’anecdote de la dynamite en vente libre, à côté, c’est un pétard mouillé !

Gilles GAMOT


On nous explique le fonctionnement de la dynamite

On nous explique le fonctionnement de la dynamite

BDM potosi dynamite

Vous reprendrez bien un doigt de nitroglycérine?

Bouts du monde N°2

Une réponse à Vous reprendrez bien un doigt de nitroglycérine?

  1. fauglas dit :

    je ne sais pas comment on annule un message incomplet!
    je voulais dire, plutôt écrire, que l’on pourrait remplacer les tacos par de la dynamite? non? ha oui! après les raisons sanitaires, le coup de la sécurité…

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